28.11.2013 - manu joseph

Manu Joseph, Serious Men (traduction française : Les Savants, Points)

Les Savants est une satire sombre mettant en scène deux personnages opposés, deux  « savants » de l’Inde moderne : un employé tentant d’échapper au système de castes afin d'apporter le bonheur à sa famille, et un brillant scientifique qui se dirige tout doucement vers sa chute.

Si, pendant ce Read & Meet, nous allons discuter de style, de caractères et du contexte, nous vous demandons de garder les éléments suivants en tête lorsque vous lisez le roman pour vous préparer à cet évènement :

  • La façon dont les castes et les différences sociales sont décrites (l’apprentissage en autodidacte est-il la seule façon de s’en sortir ?)
  • Le rôle de la science dans la société
  • L’utilisation de la satire et de l’humour noir dans le roman

 

Voici également quelques liens qui peuvent se révéler intéressants :

Interviews :

http://www.thehindu.com/books/im-a-cartoonist-who-cant-draw/article3892427.ece

Articles de Manu Joseph en tant que rédacteur en chef d’Open Magazine

http://www.openthemagazine.com/category/author/manu-joseph

Critique dans le NY Times :

http://www.nytimes.com/2010/09/05/books/review/Harshaw-t.html

Manu Joseph récompensé par le Pen Open Book Awards pour « Les Savants » :

http://blakefriedmann.co.uk/news/manu-joseph-wins-the-pen-open-book-award-2011

 

Compte rendu de ce Read & Meet

Manu Joseph s’est révélé être un écrivain très disert, ce qui est très bien, car le public ne s’est pas fait prier pour lui poser de nombreuses questions. Certaines d’entre elles n’avait rien à voir avec le roman, mais portaient sur d’autres sujets concernant la société indienne. Des thèmes dont Manu Joseph, rédacteur en chef d’Open Magazine, aurait pu parler toute la nuit, si ce n’est que, lors de ce Read & Meet, nous désirions réellement avoir des explications sur le roman et en apprendre davantage sur son processus d’écriture.

Joseph : « Je pense que l’époque du gros écrivain saoul et obèse est révolue. J’ai du mal à comprendre comment les écrivains qui ne sont pas physiquement en forme font pour travailler. Bien-sûr, il y a eu des écrivains formidables qui n’ont pas été en forme, principalement des hommes alcooliques, mais leur temps est révolu. Moi, par exemple, je cours beaucoup, et la course de fond est une grande aide pour l’écriture. L’endurance physique est la même que l’endurance mentale, et en courant j’entraîne les deux. Les personnes en forme se lèvent aussi plus facilement et sont prêtes à faire face à des défis plus grands. Et écrire un roman est un réel défi. »

L’endurance dont parle Manu Joseph prend un sens plus clair quand on apprend qu’il écrit des dizaines de versions avant de finir un roman. « La première version était un désastre. J’ai réalisé que je n’avais pas écrit un roman, mais un long compte rendu du roman que j’avais en tête. Et j’avais déjà abandonné un roman à moitié écrit quand j’avais 24 ans. J’avais peur ; peut-être n’étais-je pas bon. C’est seulement lorsque j’ai appris à écrire du point de vue des personnages, quelque chose dont je n’avais jamais eu besoin en tant que journaliste, que le roman a commencé à prendre vie. »

Le personnage principal des « Savants » est Ayyan Man, un employé qui essaie de faire son chemin dans une société où il est impossible de réussir, lorsqu’on est, comme lui, un intouchable des bidonvilles. Manu Joseph était conscient du risque qu’il prenait en créant un tel personnage dans un pays aussi conscient de ses classes sociales. Il a reçu de nombreuses critiques, qui sont pour lui le signe d’un autre problème de classe sociale : « La plupart des Indiens qui lisent de la fiction littéraire en anglais appartiennent à une certaine classe sociale, et l’un des amusements de la classe supérieure indienne est la compassion pour les pauvres. Je pense que les pauvres en Inde ont de plus en plus de pouvoir et qu’il est temps que le roman en fasse un portrait plus réaliste. Ayyan est toujours un outsider, mais cela est dû à sa situation, pas à son intellect ou à ses aspirations. »

Manu Joseph vient lui-même d’une petite famille de la classe moyenne de Madras. « Je ressentais une certaine haine et une certaine envie envers les riches, mais pas plus que n’importe quel adolescent de mon quartier. Pas comme Ayyan. Je l’ai conçu comme une personnification de la rage masculine. Comment un homme intelligent, mais qui connaît malheureusement beaucoup de malchance, regarde-t-il le monde ? C’est avec cette question que le roman est né . […] J’ai réalisé que je connaissais des hommes comme Ayyan. Des dalits intellectuels, des hommes de mon quartier avec qui je parle souvent. Voilà comment j’ai réalisé d’où venait la rage d’Ayyan. Il n’y a qu’une colère historique, une rage historique, qui puisse venir d’un personnage comme celui-ci. »

Cela ne signifie pas pour autant que nous devons ou pouvons considérer le roman comme un roman social : « Je déteste les livres qui ont pour seul sujet d’intérêt des problèmes sociaux. Un roman est bien plus complexe que ça, un roman est une personnalité ; il a plusieurs couches. »

Pour conclure la soirée, Manu Joseph fait une mise au point : le roman n’est pas un portrait de la vie dans certains milieux en Inde ou encore des relations qu’ont aujourd’hui les hommes et les femmes dans ce même pays (autre thème abordé par certains lecteurs), mais plutôt un portrait psychologique et intellectuel de deux hommes.