Correspondances internationales: Bwanga Pilipili (Congo/Belgique) avec Rodney Saint-Éloi (Haïti/Québec)

29.09.2020
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Pilipili Saint Eloi

Du 18 au 27 septembre 2020 s’est tenue la 26e édition du Festival international de la littérature (FIL) à Montréal. Près de 200 écrivain.e.s et artistes de toutes les disciplines ont pris part aux 65 activités qui composaient cette année une vaste programmation : plusieurs spectacles et projections en salle, des manifestations extérieures, ainsi que des propositions numériques inédites et des échanges en ligne.

En cette année particulière, le FIL a dû se rendre à l’évidence : si l’édition 2020 aurait bien lieu, il lui était impossible d’accueillir cette année des écrivains et artistes étrangers. En collaboration avec plusieurs de ses partenaires, il a donc été décidé de provoquer des rencontres entre des écrivains québécois et européens. Ces rencontres ont pris la forme d’échanges épistolaires suivis de rencontres virtuelles entre ces écrivains qu’on peut lire et écouter tant au Québec qu’en Europe.

Bwanga Pilipili et Rodney Saint-Eloi, deux auteurs qui se sont rencontrés à Bruxelles

La Belgique francophone et le Québec ont beaucoup à se dire, et nombreux sont les échanges littéraires de part et d’autre de l’Océan Atlantique entre les deux communautés linguistiques qui, au sein de la francophonie, ont souvent constaté leur cousinage. Quand il s’est agi d’illustrer cette proximité par un échange épistolaire entre un écrivain québécois et un.e auteur.rice belge, les noms de Rodney Saint-Eloi et de Bwanga Pilipili se sont imposés comme des évidences.

Ces deux-là se sont justement rencontrés à Bruxelles, à la Foire du livre de 2020, l’occasion pour eux de découvrir qu’ils avaient beaucoup en commun et de poser, peut-être les prémisses de collaborations futures. Marquée par la pandémie qui a tant touché les milieux artistiques et littéraires, et par l’essor international du mouvement « Black Lives Matter » suite à l’assassinat de George Floyd, l’année 2020 était riche en sujets pouvant nourrir la correspondance qu’ils ont tenue durant l’été.

Bwanga Pilipili (Belgique) est originaire du Kivu, en République démocratique du Congo. Diplômée de l’INSAS à Bruxelles, elle a débuté sa carrière d’actrice en 2013 en interprétant Pauline Lumumba dans la création Une saison au Congo d’Aimé Césaire, mise en scène par Christian Schiaretti, au Théâtre National Populaire. Depuis, elle a eu l’occasion de travailler auprès de nombreux metteurs en scène de théâtre tout en jouant plusieurs rôles au cinéma et à la télévision. En 2018, elle a écrit et mis en scène Datcha Congo, adaptation de La Cerisaie de Tchekhov, sur la scène du Tarmac des Auteurs de Kinshasa. En tant qu’autrice, elle a contribué à l’ouvrage Créer en post colonie. Voix et dissidences belgo-congolaises. En 2019, elle a été coorganisatrice du Festival Bruxelles / Africapitales en collaboration avec les Halles de Schaerbeek et un collectif d’Afro-descendantes. Depuis 2012, elle anime des rencontres littéraires au sein de l’association Lingeer.

Poète, écrivain, essayiste, éditeur, né à Cavaillon (Haïti), Rodney Saint-Éloi vit à Montréal. Il est l’auteur d’une quinzaine de livres de poésie, dont Je suis la fille du baobab brûlé (2015, finaliste au prix des Libraires, finaliste au Prix du Gouverneur général), Jacques Roche, je t’écris cette lettre (2013, finaliste au Prix du Gouverneur général). Il est l’auteur de l’essai Passion Haïti (Septentrion, 2016). Le prestigieux prix Charles-Biddle lui a été décerné en 2012. Il a été reçu en 2015 à l’Académie des lettres du Québec et en 2019 à l’Ordre des arts et des lettres du Québec. Il dirige la maison d’édition Mémoire d’encrier qu’il a fondée en 2003 à Montréal, où est paru son plus récent recueil de poésie, Nous ne trahirons pas le poème, en janvier 2020. C’est chez Québec Amérique que paraîtra son roman Quand il fait triste Bertha chante en octobre 2020.

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Correspondance


Bruxelles, le 3 août 2020

Cher Rodney,

Notre dernier échange date du 29 avril 2019.

Je m’inquiétai des inondations à Montréal et de l’état d’urgence,
bien trop souvent la norme lorsque le Système masque son incurie.

Tu me rassuras sur ta santé et la géographie.

Et l’eau coula.

Voici ce que j’écrivis le 3 juillet 2020 à Elisabeth Kovacs, programmatrice littéraire à Passa Porta, lorsqu’elle m’a proposé cette correspondance :

Chère Elisabeth,
Certaines invoquent le hasard ou une coïncidence
moi la synchrodestinée ou la synchronicité.
Jean Bofane m'a présenté Rodney Saint-Eloi l'année dernière
à la Foire du livre, nous avons parlé poésie, volcans,
afroféminisme, décolonialité,théâtre, langues, luttes.
J'ai acheté quelques livres, il m'en a offert d'autres.
Nous nous sommes revus, lors d'un arpentage poétique.
J'accueille donc votre invitation avec joie et impatience !

Et pourtant en cette veille de 4 août 2020, alors que j’aurais voulu poursuivre notre conversation engagée à la Foire du livre, te parler d’Ecorchées Vivantes, La fille du baobab brûlé ou de Habiter le monde, mais aussi de NoirEs sous Surveillance en cours de lecture, c’est de l’étreinte, non, de la consolation qu’est ta Lettre à Jacques Roche, qu’il s’agit.

Tu avances que chacun d’entre nous devrait écrire à quelqu’un pour lui dire que, même assassinés, les amis sont chers.

Je te suis.

Demain, cela fera un an que Amani, la paix en swahili, a arrêté de respirer. Ami, comme on le surnomme, se soustrait à nos yeux. Il me faut apprendre à vivre avec ce membre manquant.

Je compose Dédeuil pour ne pas me noyer.
Pour ne pas perdre pied, tête, appétit.
J’ai écrit comme tu le souffles.
Avant de partager avec toi ce qu’il en est, le lien avec notre correspondance.
Voici, ce qu’il fut :

1er janvier 2020

J’ai perdu mon Frère.

La cruauté de la langue :

J’ai perdu mon frère.

On perd des clés, on râle, appelle un serrurier, ça coûte le prix de l’escapade, on rit.

On perd des cheveux, une pelade moins douloureuse que la chimio, ça repousse, on rit.

On perd même la tête, par faiblesse, par orgueil, par paresse, on vieillit, on rit.

Mais perdre un proche, un parent, un frère, un enfant.

Non, on n’en rit pas.

En tous cas, pas tout de suite.

Avec un peu de spiritualité, de fatalisme et de l’eau chaude, on essaye.

On ressort du cortex les imitations des invités, les adresses de resto, de dépannage, de prof, de boulangerie, de conseils séries, boulot, cœur, musique, lectures, sagesse.

On les égraine et on dresse la liste des premières.

Comme en amour mais dans la mort.

Le premier anniversaire sans Lui.

Son premier anniversaire sans Lui.

Les rentrées des enfants, d’abord les petits, puis les grandes.

Et les fêtes qui n’en sont pas vraiment mais le devenaient ensemble.

La cruauté de cette expression est dans sa légèreté.

Pauvre Bwanga, elle a perdu son frère.

Ah bon, où ?

Dans la Forêt ?

Sur le Lac ?

En service ?

Non, dans son lit !

On ne perd pas quelqu’un qui est dans son lit puisqu’il est dans son lit !

Et pourtant la langue française, non contente de t’obliger à ironiser.

Alors on entre dans l’an vingt perdue.

On ouvre les yeux le premier de l’an persuadée qu’on a rêvé.

un sortilège shakespearien ou une rechute éthylique. Le Vieux Pilipili n’est-il pas mort dans son lit ?

Oui

le 5/5/2005

Qui a bien pu raconter que la foudre ne s’abattait pas une seconde fois au même endroit ? *

Cher Rodney, mon frère était doux, intelligent, drôle, beau, un brin baratineur, aimait le rap, la littérature, l’histoire bien qu’il n’ait jamais rendu son mémoire, la poésie, les enfants, l’élégance, Cuba, la justice, la famille, le Congo, le Kivu, les femmes. Enfant chétif, né à Lubumbashi. Aîné d’une fratrie de cinq. Dans un pays au racisme systémique. Mon frère était policier.

Bwanga

* A quinze ans d’écart, Bwanga Pilipili a, brutalement, perdu son père et son grand frère.


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Montréal, le 8 août 2020

Chère Pipirit,

J'ai commencé à t'écrire bien avant ta lettre.

Le 31 juillet, j'ai écrit ton nom.

Je t'ai appelée, dans mon cœur. J'ai cité ton nom : Pipirit.

Pipirit comme l'oiseau.

C'est comme ça que je t'appelle, dans ma tête, et dans mon cœur, Pipirit.

J'ai dû interrompre la lettre, j'ai appris une triste nouvelle : un ami vient de mourir au pays d’Ayiti. il s'appelle Anthony Pascal (Konpé Filo). C'est un bel et grand homme qui rêvait du pays, de la justice et de la révolution. C'est un journaliste, un artiste, plein de fougues et de rêves, qui avait combattu la dictature de Duvalier. Il est un vrai dieu nègre. Je parle de lui au présent. Vois-tu, c'est pour qu'il reste vivant dans mes phrases. Il nous faut apprendre à laisser partir nos dieux et nos déesses. Nous devons apprendre à faire la paix avec la mort.

Je rêve souvent de Bruxelles, dans le confinement. C’est là où la rumeur du virus a commencé pour moi. J’étais là-bas à la Foire du livre. Car Bruxelles est notre ville. Nous nous sommes rencontrés là-bas.

Je me rappelle le visage et l'élégance de notre ami Jean Bofane, qui m'a dit que je ne pourrai plus mettre les pieds au pays si je ne te connais pas. Il nous a présentés. Puis, nous avons parlé de la maison d'édition Mémoire d'encrier, de Montréal, du théâtre, de ta vie de comédienne, naturellement du racisme, de ta fille, et aussi de mille et une choses. Un mois après, je suis revenu à Bruxelles, pour l'évènement de notre frère Dulia Lengema, « Les mots d'éditeurs », à Aboriginal Signature Estrangin, la première galerie spécialisée en art aborigène d’Australie. Tu étais là, présente et ancrée en toi, dans cet espace si accueillant et si convivial, et tu lisais un extrait de Je suis la fille du baobab brûlé.

Il y a quelques continents entre nous.

Il y a des tonnes de mots, et des milliers de rêves.

Il y a une action décoloniale à mener ensemble pour déboulonner ces statues et visions qui ont fait de toi et de moi des esclaves, des gens de peu afin que nous ouvrions ensemble la porte pour entrer dans le cercle de l'humanité qui nous a été longtemps interdit, à nous et à nos frères et sœurs.

Je t'écris, et vois-tu, cela me rappelle que nous sommes vivants et debout.

J'ai retenu tout ce que tu m'as dit, à Bruxelles, concernant le théâtre, celui que tu rêves de jouer et de faire, et j'ai encore ta voix en moi, forte et féconde, qui parle du Congo, et de ces femmes-là, celles que tu as créées. De ta négritude. De ta puissance de femme noire. Je garde aussi en moi le visage de ta fille, ta fille qui s'en va et qui s'en vient dans les rues de Bruxelles, à qui on pose assurément la question qui fait peur « D'où vient-elle ? », elle qui est pourtant née dans ce pays. Elle apprendra à faire face aux regards circonspects, elle apprendra ainsi à décliner son identité, elle saura qu'elle n'est pas comme les autres, et qu'elle descend de toi, d'une autre histoire, et aussi, comme toi, de toutes ces femmes noires que tu appelles tous les soirs dans tes rêves.

Je me rappelle aussi ton père.

Sa soutenance de thèse.

En tenue de son royaume d'enfance.

C'est là un homme qui ne trahit rien.

Vois-tu combien tu as peuplé mon univers ?

Et je pense à toi ma sœur, à tes fantômes et à tes joies, à tes histoires et à ta solitude. À tes amours aussi.

Et sur mon bureau, j'ai ta pièce Datcha Congo. Nous en parlerons un jour.

Il y a trop de choses à te dire.

Il y a trop de cris et d'utopies qui nous attendent.

Comment mettre dans une simple lettre tout ça.

Je lis et relis tes mots.

Tu m'as parlé de ton frère, décédé.

Ton frère, ma sœur, est mort

Comment dire la chose ?

Tu m'as parlé de ta souffrance.

Pourquoi la mort prend-elle toute la place dans nos vies ?

Pourquoi on nous empêche de respirer ?

Cela fait trop longtemps que nous sommes morts.

Ce n'est même pas une métaphore.

Un vrai nègre est un nègre mort.

Une vraie négresse est une négresse morte.

Je me souviens, je me souviens.

Je sais aussi pourquoi les nègres doivent faire semblant de rire.

Je sais aussi pourquoi les nègres dansent et dansent dans les rues du monde.

Pourquoi sont-ils comiques et tristes dans ces fêtes foraines ?

Pourquoi disent-ils les mots que les autres attendent d'eux ?

Pourquoi arrondissent-ils les angles, avec leur courbette et leur soif de gloire. Car un nègre n'aura jamais de gloire ni de trophée.

Un nègre est un nègre. Point final.

On sait bien comment le mettre à sa place.

Pourquoi ?

Pourquoi ?

Nous parlerons de la mort dans une autre lettre, celle qui sera réservée à nos frères, à nos sœurs. Nous parlerons de racisme, car il en faut, et c'est de toute urgence. Nous parlerons aussi de beauté d'amitié et d'amour. Car il en faut, nous savons ce qu’est un monde fait de beauté et d'amour. Ou tout au moins, nous en rêvons.

Nous allons ensemble célébrer ton frère et Jacques Roche, mon ami mort, mon poète, à qui j’ai dédié ce livre qui est une longue lettre.

Nous allons célébrer l'ensemble de nos morts.

Nous allons allumer la bougie qui exauce les prières nègres.

Je lis pour toi un poème de notre ami guyanais Léon-Gontran Damas, qui était, à mon avis, le plus vibrant et vrai de tous ces auteurs nègres qui voulaient se faire voir et se montrer dans les lettres françaises. Damas savait qu'il y avait un prix à payer pour chaque nègre qui lève le petit doigt. Voici un extrait donc de son fameux Black label :

Il s'agit moins de recommencer
que de continuer à être
contre
la restriction
la claustration
la réserve
la résignation
la pudeur fausse
la pitié
la charité
le refoulement
toute honte bue
L.-G. Damas

Laissons de côté nos morts, ma chère Pipirit.

Sortons dehors avec nos corps vivants, ma sœur.

Ton frère n'est pas mort.

Ton frère te regarde.

Vivons, ma sœur.

Vivons, mon amie.

Il est aujourd'hui un devoir de vivre.

C'est à cet humble combat que je t'invite.

Respirons d'un même souffle.

La vie est dure.

La vie est belle.

La fenêtre s'ouvre sur un jardin.

La mer dessine les horizons.

Où es-tu ma chère Pipirit ?

Où es-tu entre le chant que j'écris et les rêves qui m'attendent ?


T'embrasse ma sœur,

Rodney


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Bruxelles, le 15 août 2020

Nous sommes là,
Rodney,

dans l’Avant Nègre
dans l’après Noir
l’après Cha Cha
l’après Christophe
l’après Rêve
La terreur
du genou dans le ventre
de la balle dans la nuque
La mémoire
de Chicotte et Machette
en Nous

Essoufflée
déboulonnante
conjuguant au présent
passé et futur
je suis là
Saiba Wangu
avec toi
oui, je chante tôt
d’une voix grave
mal assurée le jour
déliée la nuit
C’est que
nos George d’aujourd’hui
nos King d’hier
Rodney
Frères et Sœurs
de chœur d’âme de condition
me visitent
me consolent et m’instruisent

Le 7 juin 2020, nous avons marché à Bruxelles, malgré la peur malgré les coups
Nous nous le devions
Nous avons dit leur nom
et les mamans ont raconté
leur fils, leur fille
J’ai pensé à Semira, Mawda, Lamine, Adil et tant d’autres
Laïni, ma fille
mon point de départ
mon inspiration
pleurait à mes côtés
Elle a saisi le drame
elle a entendu la violence
elle a compris l’urgence
ses yeux mouillés étaient feu et compassion
Nous étions dehors
nous étions vivantes
Désobéissantes
Regarde-nous, Rodney

Nous ne sommes pas un point final
Nous sommes pyramides, langues, miroir, génie, grammaire, paysage, victoire, révolution.
Le On qui sait nous mettre à notre place n’est rien sans nous. Le On imite nos danses, rit à nos blagues, convoite nos courbes, vend et achète.
Mais cette parcelle n’est pas à vendre !
Le On est norme et brutalité.
Dernièrement, On a voulu m’acheter, mal lui en prit !
On n’en avait ni le talent ni les moyens

CETTE PARCELLE N’EST PAS À VENDRE

On s’est construit dans une fiction. Un récit où On était le seul héros.
Un récit dans lequel Les Lumières faisaient de Nous des Ténèbres
Un récit dans lequel nos courbes pouvaient être saccagées

On s’est trompé.

On persiste dans l’erreur.

Nous sortons d’une vague de chaleur. Température ressentie 45 degrés.

Cela fait quelques jours que des images de bagarre sur une plage de la côte belge tournent en boucle. Radio et TV parlent de jeunes originaires de Bruxelles. On parle de rébellion, de coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité, On parle de renfort policier, de trois personnes sous mandat et d’un mineur d’âge. On utilise un terme : « amok ».

L’expression vient du mot malais « amuk », qui désigne une rage meurtrière incontrôlable. Ces comportements ont été observés puis théorisés par des voyageurs et des ethnologues au début du XXe siècle dans des pays asiatiques alors colonisés (Inde, Malaisie, Indonésie). Ils étaient le fait de personnes seules, généralement des hommes et se terminaient souvent par la mort de leur auteur. Le terme était aussi utilisé en Inde britannique pour désigner un éléphant devenu incontrôlable. En littérature, le premier à avoir utilisé ce terme est l’écrivain autrichien Stephan Zweig, en 1922, dans Amok ou le Fou de Malaisie – mais il est davantage question de folie amoureuse que de destruction meurtrière.

On a décidé d’interdire la plage au visiteur d’un jour. On va les contrôler dans le train et à la sortie et On décidera de les renvoyer d’où ils viennent. On a montré des images d’un jeune plagiste expliquant que ce groupe de jeunes venant de Bruxelles avait mis de la musique. Le plagiste aurait demandé de baisser le volume et l’émeute aurait éclaté. Il n’en fallait pas plus.

Et pourtant …

Un papa vient d’envoyer un message. Il explique que sa fille était non loin de ces jeunes. La version de la fille n’est pas celle du plagiste de la télévision. Elle aurait parlé d'un

« groupe de Black tranquil dont un a été sur un Transat sans savoir qu’il fallait réserver ! Le mec des Transats apl la police sans prendre la peine d’aller directement voir le gars. L’un d’eux dit au jeune debout de là MAKAK »

La réponse des autorités ne se fait pas entendre : profilage ethnique, ségrégation raciale, discrimination sociale.
Et dans ce pays sans gouvernement depuis plus d’un an, ces mesures passent.
Laïni me demande si demain nous décidons d’aller à la mer, on va nous arrêter où nous frapper. Je lui réponds c’est possible.

Tout est possible, le pire comme le meilleur.

Je te laisse, je vais chez la coiffeuse.

Rafiki, tu as coupé tes dreads, pourquoi ?

Je t’embrasse Saiba Wangu

Bwanga

Lisez la suite de cette correspondance sur le site du FIL (Québec).

A l’issue de ces échanges épistolaires, suivez leur conversation virtuelle, modérée par le journaliste et auteur québécois Stanley Péan, sur la page Facebook du FIL.

29.09.2020