Traduisez-vous le belge ? 5. et un peu plus loin ?
Qu’est-ce que traduire ? Et comment s’exporte la littérature belge francophone au-delà de nos frontières ? En 2020, Passa Porta a à nouveau soutenu 20 nouveaux projets de traduction littéraire. Leurs traductrices et traducteurs ont accepté de revenir sur leur pratique, et en avant-première, de nous dévoiler un extrait de leur travail en cours. Cinq semaines, cinq thématiques.
Semaine 5 : et un peu plus loin ?
Destinées en priorité à l’exportation de textes belges francophones, les bourses de traduction accordées par Passa Porta ont aussi atterri en 2020 dans l’escarcelle de deux projets d’identité plus internationale. L’un est le fait d’une traductrice française résidant en Belgique, où elle a reçu un grand prix de traduction ; l’autre concerne une découverte à paraître au catalogue d’une maison d’édition belge.
Chapitre 1 : Akata Warrior de Nnedi Okorafor traduit de l’anglais par Anne Cohen-Beucher.
Avec Akata Warrior, l’autrice nigériane multi-primée Nnedi Okorafor (1974, Ohio) signe le deuxième tome d’un cycle de fantasy young adult entamé en 2011 avec Akata Witch. L’héroïne en est Sunny Nwazue, une collégienne albinos, embrigadée comme agent libre de la société des Léopards. Pour ce deuxième tome, la voici de retour au Nigéria, avec de nouveaux défis à surmonter…
Le livre est paru fin de l’année 2020 à l’École des Loisirs, en collection Medium +.
La Française Anne Cohen Beucher (traductrice e.a. de Laurence Schimel, Ricard Ruiz Garzón, Love Maia, J.j. Johnson) en signe la version française. Une continuité : celle qui vit en Belgique et y a été récompensée en 2016 par le prix SCAM de la traduction, assurait déjà la traduction du premier tome.
"Avec les livres de Nnedi Okorafor, on se retrouve plongés à la fois dans un monde fantastique et magique, mais aussi ancré dans la culture nigériane et ses légendes. Ce sont pour l’autrice des sources créatives inépuisables, son imagination débridée faisant le reste : elle invente des mots, des sorts, un monde magique parallèle captivant. Le roman est par ailleurs émaillé de Pidgin English, de terme en ibo et de références culturelles afro-américaines. Autant de subtilités qu’il faut rendre avec justesse dans la langue cible : le français. Ca a donc été pour moi un vrai défi de donner à lire ce monde merveilleux et la culture qu’il dévoile, mais aussi un vrai plaisir que de se plonger dans cet univers. Dans la lignée des grandes autrices nigérianes, le style de Nnedi Okorafor est incisif et puissant, comme ses histoires, ne cachant rien de la réalité complexe de ce fascinant pays qu’est le Nigeria. Ce roman met aussi en scène des personnages féminins très forts, différents et volontaires, ce qui est bienvenu en littérature de jeunesse, qui manque cruellement de diversité."
Chapitre 2 : A responsibility to Awe de Rebecca Elson traduit de l’anglais par Sika Fakambi
Astronome et écrivaine d’origine montréalaise, chercheuse reconnue à Cambridge, Rebecca Elson (1960-1999) était fascinée par les galaxies. À sa mort prématurée en 1999, ses poèmes ont été rassemblés par son mari Angelo di Cintio avec l’aide de leur amie Anne Berkeley. Le recueil A responsibility to Awe est paru en Angleterre en 2001 et aux États-Unis en 2002.
Le livre va sortir en version bilingue à L’Arbre de Diane, maison d’édition belge, au printemps de cette année. Il y rejoindra La tortue de Zénon, une collection qui explore les liens entre sciences et poésie.
Née au Bénin, installée en France, Sika Fakambi est notamment la traductrice de Nii Ayikwei Parkes, Zora Neale Hurston, Warsan Shire ou Sonia Sanchez. Lauréate des prix Baudelaire et Laure Bataillon, elle signe sous le titre Devant l’Immense cette traduction française à venir de Rebecca Elson :
“Rebecca Elson transformait la matière noire de ses recherches d’astrophysique en une poétique du mystère, et en une dissection sensible de l’énigme universelle d’une mort que, très tôt, elle a su pour elle imminente. Dans ses textes, elle tente de comprendre la relation entre sa vocation scientifique et celle de poète. Sa poésie touche à la fragilité de la vie, à la nature de l’ignorance humaine devant le monde, à la solitude de l’être à l’orée des questions sans réponses. Ses textes sont travaillés par les images et les sonorités, la quête d’une forme d’immédiateté dépouillée, délicate, et un absolu questionnement, inséparable de l’enfance, portés aussi par un sens aigu du rythme. Ils sont tantôt quotidiens, tantôt poignants, tantôt perplexes, tantôt arpenteurs du monde ou funambules du ciel, et tout cela ensemble cherche à pénétrer le noir intraduisible. Et à l’image des ossements ancestraux de ces antidotes à la peur qui viennent clore avec une grâce bouleversante le recueil, ses poèmes, les uns après les autres, semblent bien s’envoler, à tire d’ailes brillantes.”