L’exil est fascinant en tant que concept, mais terrible à vivre. Un exilé vit entre deux mondes sans appartenir à aucun. L’art et la littérature lui offrent donc un repère, une ligne de vie qui le relient avec le passé et le pays perdu. Russell Banks, Aslı Erdoǧan et Antonythasan Jesuthasan parlent de l’écriture en exil avec le journaliste Gie Goris. Des expériences de première main, à la fois fondamentalement différentes et identiques.

Entre deux mondes

« Entre la frontière qui sépare le "nous" des "autres" se trouve le périlleux territoire de la non-appartenance : là où, autrefois, étaient bannis les peuples, là où, aujourd’hui, traînent d’immenses groupes humains de réfugiés et de personnes déplacées. » Dans Réflexions sur l’exil, Edward Said, sans doute l’écrivain exilé le plus célèbre, analyse avec perspicacité pourquoi l’exil est fascinant en tant que concept, mais terrible à vivre. Un exilé vit entre deux mondes sans appartenir à aucun. L’art et la littérature lui offrent donc un repère, une ligne de vie qui le relient le lien avec le passé et le pays perdu.

Trois auteurs évoquent l’écriture en exil. Des expériences de première main, à la fois fondamentalement différentes et identiques.

Aslı Erdoǧan

Aslı Erdoǧan a travaillé pendant une dizaine d’années comme physicienne, notamment au CERN, avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Depuis, elle est devenue l’une des romancières et journalistes les plus importantes de Turquie. En 2016, elle est emprisonnée pendant six mois pour avoir conseillé le journal pro-kurde Özgür Gündem et tenu un plaidoyer pour la liberté d’expression. En 2017 paraît Le silence même n’est plus à toi (Actes Sud), traduction française de ses plus importants textes journalistiques sur la politique, l’exil, le gouvernement et la vie quotidienne en Turquie. En 2018, son travail humanitaire est récompensé par le Prix Simone de Beauvoir. Aslı Erdoǧan habite actuellement en Allemagne.

Antonythasan Jesuthasan

Écrivain, acteur et enfant soldat : la vie d’Antonythasan Jesuthasan est tout sauf conventionnelle. Dans sa jeunesse, il a été actif auprès de la tristement célèbre milice des Tigres tamouls qui, depuis les années 1970, lutte pour l’indépendance au nord du Sri Lanka. Après une série d’errances en Asie du Sud-Est, Jesuthasan arrive à Paris où il reçoit l’asile politique. Il s’y consacre à l’écriture et à la comédie, s’inspirant de ses expériences vécues pendant la guerre civile dans son pays natal. En tant qu’écrivain, il publie des nouvelles, des pièces de théâtre, des essais politiques et des romans. Et si vous ne le connaissez pas (encore) sous cette casquette, son visage vous rappellera peut-être les films Dheepan de Jacques Audiard (Palme d’or à Cannes en 2015) ou A Private War.


Russell Banks

Sans y avoir été forcé, Russell Banks a lui aussi temporairement troqué son pays natal, les États-Unis, pour d’autres contrées : la Jamaïque. Une expérience qui l’a profondément changé : « Après avoir vécu en Jamaïque et écrit Le Livre de la Jamaïque, j’ai compris que j’étais obligé d’avoir, par exemple, des amis afro-américains. J’étais obligé de parler délibérément des contextes sociaux et raciaux de ma vie. »

Le Livre de la Jamaïque a été suivi par un roman qui a marqué la percée de son auteur, Continents à la dérive, sur les troubles haïtiens, et American Darling, un roman politico-historique se déroulant au Libéria. Banks est le fondateur et président de Cities of Refuge North America et a succédé à Wole Soyinka et Salman Rushdie à la tête de l’International Parliament of Writers de 1998 à 2004.

Dédicaces

Asli Erdogan, Russell Banks & Antonythasan Jesuthasan dédicaceront leurs livres à 15:00 à De Markten. Les livres seront disponibles sur place.

Présentation : Gie Goris

Passa Porta, MO*Magazine, ICORN, Imagine, Literary Europe Live Plus, PEN Belgique, PEN Vlaanderen, De Markten

photo russell banks © cyrille choupas
photo Asli Erdogan © Muhsin Akgün
photo antonythasan jesuthasan © cindy sasha

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