#PPF2019 : Le parcours idéal de… Caroline Veyt

05.03.2019
20190305 Caroline Veyt

Nous avons demandé à quelques lecteurs d’horizons variés de nous livrer leur programme idéal durant le Passa Porta Festival 2019. Cette semaine, c’est la journaliste et animatrice Caroline Veyt qui se prête au jeu.

Caroline Veyt a suivi des études de philologie romane (ULB) et passé quelques mois au Conservatoire de Bruxelles en Déclamation. A l’aise dans différentes disciplines, elle a abordé le cinéma et la télévision comme comédienne, apparaissant, entre autres, dans le film Le roi danse (2000) de Gérard Corbiau.

C’est en 2007 qu’elle débute à la RTBF dans "Questions d’argent", court programme quotidien de conseils financiers. Depuis 2011, elle mène les entretiens dans "Printemps Grandeur Nature", magazine d’écologie participative. En mars de la même année, elle est engagée comme chroniqueuse régulière dans le magazine consommateur de la RTBF "On n’est pas des pigeons". De 2012 à 2013, elle co-anime en radio "Le Grand Mag" culturel de La Première. Depuis septembre 2013, sur la même chaîne radio, elle est chroniqueuse dans "Utopia", la quotidienne sur tout ce qui bouge positivement.

À partir de 2013, elle incarne le « visage » de La Trois, introduisant les films et documentaires de la soirée. Depuis septembre 2016, elle est éditrice (avec Marianne Slusny) et présentatrice de l'émission "Les Sentinelles", également sur La Trois. (Source : rtbf.be)

20190305 Caroline Veyt © Tous Droits Réservés

« J’ai découvert le programme du Festival Passa Porta avec un mélange de curiosité et d’appréhension ; et si le programme ne me plaisait pas ? Et si je ne parvenais pas à répondre à l’exercice qui m’a été proposé : décrire mon parcours idéal au Festival ?

Mes craintes se sont rapidement transformées en avidité ; à lire les noms des écrivains qui seront présents, des souvenirs remontent à la surface, des envies se dessinent…

J’aurais pu me concentrer sur un parcours essentiellement politique, tant les rencontres qui s’inscrivent dans cette veine-là sont nombreuses, riches et en prise directe avec l’actualité : Brexit, crise des réfugiés, racisme structurel, concept de frontière, écriture en exil, fin du rêve américain, etc.

De ces rencontres-là, quelques-unes figureront dans mon parcours, mais j’ai voulu également laisser une place aux coups de cœur, aux errances peut-être, car le Passa Porta Festival, c’est aussi l’occasion de voguer entre différents lieux culturels emblématiques du centre de Bruxelles, où je vais trop peu. Et où il fait pourtant si bon flâner.

Jour 1. Ça commence fort !

D’Europe, de fractures, il sera question durant ce week-end, et la soirée du vendredi donnera le ton !

Goodbye Hello

« Le 29 mars 2019 à minuit, le Brexit deviendra une réalité ». A l’heure d’écrire ces lignes, la doute plane encore. Peut-être le Brexit sera-t-il reporté, faute d’« accord de divorce » avec l’Union européenne. Un divorce qui sera peut-être postposé, mais qui aura bien lieu.

Ce concert du 29 mars à Bozar, Goodbye Hello. Literary Concert on the Eve of Brexit, m’a émue, par sa volonté de rester reliés artistiquement, malgré la rupture politique et économique.

Jonathan Coe, entre autres, y sera présent. Je l’ai découvert, toute jeune adulte, avec La maison du sommeil, que j’ai dévoré. Et ses romans ont longtemps pris avec moi le chemin des vacances. Peut-être pour le contraste entre une lecture au soleil et son Angleterre brumeuse, dont honnêtement, je n’ai pas toujours saisi toutes les nuances. Une occasion de le relire ?

Jour 2. Au féminin

Un choix plutôt professionnel, puisque nous envisageons de parler des animaux dans une prochaine émission des Sentinelles ; comment les traite-on, quels droits ont-ils, cesserons-nous bientôt de les abattre pour les mettre dans nos assiettes ? J’ignore quelles questions seront abordées mais j’imagine que cet entretien sera une bonne base de réflexion.

La deuxième rencontre sera divertissante. Une invitation à la gourmandise, j’espère ! A 15h30, à la Bellone, Marie NDiaye & Ryoko Sekiguchi se rencontreront autour de la cuisine.

Marie Ndiaye


Je réalise que je n’ai jamais lu de roman de Marie NDiaye, pas même Trois femmes puissantes, Prix Goncourt 2009. Je devais à l’époque être au milieu des biberons et des couches, bien loin de me soucier de ce qui se passait sur la scène littéraire.
Cette rencontre m’intrigue parce que j’ignore comment elle sera menée, mais je pense qu’on peut compter sur le talent d’Ysaline Parisis pour nous offrir un moment savoureux.

Si la rencontre me plaît, peut-être la prolongerai-je par l’interview-lecture de Marie NDiaye qui aura lieu dimanche midi à De Markten. J’aime quand on entre dans une œuvre par une lecture à voix haute - ce que nous propose chaque semaine Guillaume Gallienne sur France Inter dans Ça peut pas faire de mal. Ici, c’est le comédien Itsik Elbaz qui nous lira quelques extraits.

Ma troisième et dernière rencontre du jour sera celle des deux étoiles montantes de la littérature belge : Lize Spit & Adeline Dieudonné.
Il m’a fallu des semaines pour finir le premier roman de Lize Spit, Débâcle. Ça a été difficile, il m’a presque fait mal. L’atmosphère du roman est extrêmement pesante, on sent le drame couver dès les premières pages et j’avais peur d’avancer, parce que je savais que la lecture serait de plus en plus éprouvante. Je n’ai pas été déçue… J’ai l’impression d’avoir porté en moi la vie atroce de cette jeune fille pendant de longues semaines, preuve s’il en est que ce roman m’a marquée. Je pense que je me suis attachée à la jeune Eva comme j’ai pu m’attacher à la jeune Laëtitia Perrais dont le calvaire a été si bien décrit - et analysé - par l’historien et sociologue Ivan Jablonka dans Laëtitia ou la fin des hommes. Je m’y suis attachée comme à une personne réelle, avec cette envie d’intervenir, de tendre une main.

J’ai découvert quelques mois plus tard l’héroïne d’Adeline Dieudonné dans La vraie vie. A l’inverse, je l’ai lu d’une traite… embarquée dans un tourbillon, par la force vitale de cette petite fille, qui, si elle n’a pas grandi dans le foyer rêvé, trouve néanmoins des ressources pour s’en sortir.

Adeline Dieudonné C Jean François Robert


Adeline Dieudonné
a été très présente dans les médias francophones ; de Lize Spit, je n’ai vu que quelques interviews pour des médias néerlandophones. Je serai donc ravie de les voir réunies. Coup de chapeau en passant pour les organisateurs du festival qui ont veillé à nous rapprocher des cultures néerlandophone, germanophone, anglophone. Dressons des ponts !

Jour 3. Comment faire pour être partout ?

Première certitude, ce sera un dimanche sans grasse matinée. A 10h30, rendez-vous est pris à La Bellone pour assister à la rencontre avec Russell Banks. Je pense que c’est grâce au film d’Atom Egoyan que je l’ai lu pour la première fois. De beaux lendemains. Rien qu’à prononcer le titre, la gorge se serre. Ont suivi Sous le règne de Bone et American Darling, en ce qui concerne mes lectures. Je vois qu’il s’entretiendra avec Florence Noiville, sur l’état du monde et des USA ; je suis très curieuse de découvrir ce qui se dira durant cet entretien.

Après, ça se bouscule : 3 rendez-vous potentiels, à la même heure, de 13h30 à 14h30.

Je ne connais pas encore Jenny Erpenbeck ; son roman sur la crise des réfugiés m’interpelle. J’irais bien écouter ce qu’elle a à en dire, au Beursschouwburg.

Marie Modiano C Francesca Mantovani Gallimard


A l’AB, je vois que Marie Modiano proposera un concert littéraire autour de son disque Pauvre chanson. C’est le nom de Peter von Poehl, qui l’accompagnera, qui me donne envie d’aller y assister. Un ami m’avait offert son premier album, Going Where The Tea-Trees Are. C’était en 2006. Je l’ai écouté en boucle durant des mois et j’espère que sa touche, que je qualifierais de folk mélancolique, se retrouvera dans ce concert.

A la même heure, Maylis de Kerangal parlera de son roman A portée de main, qui se déroule à Bruxelles. Je ne l’ai pas lu. Une occasion de le découvrir.

Après, il faudra choisir entre Delphine de Vigan et Jonathan Coe ; je pense que j’irai écouter le second, comme pour « boucler la boucle » de ce week-end tellement riche. Le Festival s’est ouvert avec le Brexit et se refermera sur le même thème… De ma bibliothèque, penser à ressortir, au moins, le Testament à l’anglaise. »

05.03.2019