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Abdeslam descend l'Atomium en tyrolienne

27.05.2026
min
podcast

Où laisses-tu tes traces à Bruxelles ? Quel endroit connaît tes habitudes ?

Pour la quatrième édition de Brussels City of Stories nous avons posé ces questions à plusieurs personnes à Bruxelles, lors d’ateliers et de cours d’écriture, de textile et d’arts visuels. Les écrivain·es Cécile Hupin et Tijl Nuyts ont tendu l’oreille et créé dix récits captivants qui composent une magnifique balade sonore à travers la ville. Nous vous invitons à lire leurs lettres ou à glisser leurs histoires dans vos oreilles, en marchant dans leurs pas. 

Voici la trace d'Abdeslam Deflaoui qui descend l'Atomium en tyrolienne.

Normalement je venais juste en Belgique comme touriste.

Pour faire la surprise à Meriem. Je ne lui ai pas dit que j’allais venir. J’ai toqué chez elle, à la

rue Coenraets à Saint Gilles. Elle était étonnée ! Je te jure !

Au Maroc, j’avais mon appartement, j’avais mon boulot, j’avais une voiture, une petite

moto, j’avais des diplômes. Mais au bled, si tu veux t’acheter une télé, tu vas épargner au

moins sept - huit mois. Ici en Belgique, en un mois tu peux te la payer ! Alors le calcul il était

vite fait.

 

Au début j’ai travaillé dans un snack à Ribaucourt. Bien sûr, j’aimais ça. J’avais des

Pakistanais, des Turcs, des Arabes, des Polonais, … Ribaucourt, c’est un point stratégique, il y

a beaucoup de passage. C’était bouillonnant. Mais j’aime bien travailler un peu hard. Alors,

je finissais vers 18h. Puis je prenais mon vélo, j’allais travailler dans une pizzeria. Et je

finissais vers 2-3 heures du matin. Quelques fois je pouvais même pas dormir trois heures, je

te jure. J’étais fatigué, épuisé.

 

Après j’ai eu de la chance, je suis tombé sur une annonce de Auto-Permis dans le Vlan. Dans

l’annonce, ils avaient écrit : « Examen réussi – job assuré ! » Maintenant, ça va faire 25 ans

que je suis moniteur d’auto-école et j’adore mon métier ! J’adore ! Bien sûr !

Je pourrais gagner un peu plus, si je devenais examinateur. Mais je veux pas. Parce que c’est

trop chiant. Tu peux pas aller où tu veux. Tu peux pas discuter. Tu n’apprends rien. Le

candidat, il est là, il est stressé. Et à la fin il va te juger. Tu lui donnes le permis, tu es gentil.

Tu lui donnes pas, tu es méchant. Moi je préfère être du côté bon, du côté gentil.

 

Moi j’aime trop mon métier. Il y a le contact humain. On apprend chaque jour. Avec mes

élèves, on peut discuter de science, de nature, de tout.

Aujourd’hui, par exemple, on a rigolé avec mon élève. La question c’était : « L’arbre, il est

constitué de quoi ? » Et il m’a dit « De terre ! » Mais non, c’est pas de terre. Parce que si tu

pèses la terre qui est là dans le jardin. Il y en a toujours autant. Et pourtant ton arbre, c’était

une petite graine, et c’est devenu un arbre qui va peser plusieurs tonnes ! C’est de la

physique, ça.

 

J’ai eu un autre élève, je lui demande « C’est quoi ton métier ? » Il me dit « Tu ne vas pas me

croire…. Je suis pilote ! » Il était pilote d’avion ! Mais il ne savait pas rouler avec la voiture !

On a rigolé, je te jure !

Quand on passe à l’Atomium, je dis « Attention, maintenant on va rétrécir 60 milliards de

fois ! Et voilà on est tout petits ! » Parce que c’est ça qu’ils ont fait, ils ont réduit l’atome de

fer 60 milliards de fois. Et moi je suis monté tout là-haut, 102 mètres je crois. J’ai pu monter

sur la plus haute boule de l’Atomium et zwiiiiii, je suis redescendu en tyrolienne jusque tout

en bas, ça c’était en 2007.

C’était super génial. Et de là-haut, c’est impressionnant, tu vois
tout Bruxelles en tout petit !

Mais malheureusement, ils sont en train de serrer Bruxelles, alors qu’avant, elle était large.

 

Il faut voir, avenue Rogier, ils ont fait un plan-là, avec la piste cyclable qui passe sur le trottoir.

Mais c’est n’importe quoi ! C’est dangereux pour tout le monde. Même ma grand-mère qui

n’a jamais étudié le génie civile, elle peut faire mieux, je te jure ! Avant, tout était pour la

voiture ! Mais aujourd’hui il faut partager la moitié… C’est trop. On est trop serrés avec leur

Good Move là. Même tantôt en plein examen, il y a eu une voiture de police. Mon élève, il

n’avait pas la place pour la laisser passer. Je ne sais pas si ils ont réfléchi à ça.

 

Quand il n’y a pas assez de travail à l’auto-école, je complète toujours avec interim. J’ai

conduit les camions-poubelle. J’ai fait jardinier. J’ai été homme-à-tout-faire. J’ai fait du

nettoyage dans les dépots et les bureaux de la Stib. Comme je dis, je suis venu en Belgique

pour travailler.

 

J’ai travaillé aussi comme mécanicien. Chez un monsieur, Philippe, il était très gentil, mais il

disait « Moi j’aime pas les Marocains » Alors, je lui répondais, « mais je suis Belge » Il me

disait « Non ! » Mais je te jure, demain si il y a une guerre entre le Maroc et la Belgique, je

prends les armes et je défends la Belgique.

C’est mon pays. C’est ici qu’il y a ma famille, ma
maison, mon gagne-pain.

Je suis un Belge de confession musulmane. Je m’appelle Abdeslam, c’est mon prénom. J’ai

même dit que j’allais me faire une plaque ABDESLAM pour ma voiture, comme ça tout le

monde pense que c’est la voiture de Salah, et ils viennent pas se garer à côté de moi ! Je

rigole ! C’est un blague !

Mais si Philippe il m’a dit ça, c’est juste parce qu’il a ça en lui, c’est de la culture. Et c’est

parce qu’il se sent en confiance avec moi, sinon il ne me dirait pas.

 

La semaine passée, j’étais avec un gamin, dix-huit ans. Et il y avait quelqu’un qui essayait de

se garer. On rigolait parce qu’il allait cogner ! Et mon élève me dit « Ca, c’est soit une

femme, soit un Black. »

Et puis la personne finit par se garer, on le dépasse, c’était un BBBB, un Bon Belge Bien

Blond ! Et moi je lui dis : « Ah ben oui, tu vois, c’est une femme et en plus elle est black ! » Lui

il a rigolé, mais il ne m’a pas dit : « C’est vrai, je me suis trompé, j’ai fait une erreur. » Il n’a rien

appris. Par contre, si ça avait été une femme ou un Black, il aurait dit : « Tu vois, qu’est-ce que

je t’avais dit ! » et ça l’aurait renforcé dans sa croyance. Et c’est comme ça qu’il crée sa

culture.

 

Moi j’ai travaillé à Laeken, à Molenbeek, à Schaerbeek et à Forest. J’ai appris à conduire à la

moitié de Bruxelles ! Et chez mes élèves, j’essaie toujours de laisser une trace humaine.

J’aimerais bien que si quelqu’un est dans la difficulté, il pense à moi pour venir l’aider. Je veux contaminer les autres. Donner ce que j’aimerais recevoir, et ça vraiment, ça me rend heureux.

 

Écrit par Abdeslam Deflaoui et accompagné par Cécile Hupin.
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27.05.2026

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